Tuesday, March 10, 2009

Philippe Claudel

"...La frontière est si mince entre la bête et le chasseur"

"...Depuis, à force de vivre avec son fantôme, c'est un peu comme si c'etait une vieille connaissance, un parent d'infortune, une part de moi-même pour ainsi dire, et que j'essaie au mieux de faire parler et revivre pour lui poser une question. Une seule. Quelquefois, je me dis que je perds mon temps, que l'homme était aussi epais qu'un bon brouillard, et que mille soirées n'y suffiraient pas. Mais du temps maintenant, j'en ai à revendre. Je suis comme hors du monde. Tout ce qui s'agite me paraît si loin de moi. Je vis dans les remous d'une Histoire qui n'est plus mon histoire. Peu à peu, je me dérobe."

"...Partout, on tendait des poings et des souvenirs douloureux. Par ici comme ailleurs, les blessures ont du mal à se refermer, surtout celles qui dégouttent bien, et s'infectent à loisir dans les soirées de ressassement et de rancoeur. Par amour-propre et par bêtise..."

Philippe Claudel Les Âmes grises

No comments: